Aux franges – Joe Slovo

Maitrise d’ouvrage : saga
Maitrise d’oeuvre :  saga
Localisation : Joe Slovo, Port Elizabeth, Afrique du Sud
Equipe :  Simon Galland, Laure Rihn, Nicolas Cazé
Programme : Étude urbaine
Année de réalisation : 2016
Photographies : saga + Joubert Loots
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L’action menée par le collectif à Joe Slovo présuppose de s’interroger sur la formation de ce quartier singulier et les personnes qui y habitent. Impossible de faire sans, nous ne sommes pas d’ici et ne pouvons prétendre à comprendre au premier regard les enjeux qui modèlent ce territoire. Un travail de terrain préliminaire est donc engagé, mêlant recherches cartographiques, interviews, observations et workshops avec la communauté.

Ce travail, réalisé en partenariat avec deux étudiants de l’école d’Urbanisme de Paris, nous introduit dans une histoire courte et complexe, symptomatique de la ville post apartheid en Afrique du Sud. En 1995, juste après l’élection de Nelson Mandela à la tête du pays, une habitante de la communauté informelle de Veeplas, décide de mener une action collective pour sortir, elle et ses voisins, des conditions déplorables dans lesquelles ils habitent. Ensemble ils décident d’investir illégalement un terrain privé aux abords de Port Elizabeth en construisant leur propres habitations. Grâce à la persévérance du groupe et de l’aide de personnes influentes, un accord est négocié quelques années plus tard avec le propriétaire et le groupe acquiert le terrain. Cette revendication collective, celui d’un droit à la terre pour tous, s’inscrit dans un mouvement plus large d’émancipation démocratique des communautés noires dans une période transitoire post-apartheid. De part les exemples des pays voisins, un constat fut établi : siles plus pauvres ne s’organisent pas collectivement pour réclamer leurs droits, l’arrivée de la démocratie à elle seule ne change en rien leur vie.

Aujourd’hui, Joe Slovo a changé, s’est développé, légalisé, construit et reconstruit sur lui même pour accueillir un flux constant de populations venues des zones rurales alentours dans l’espoir de trouver un travail en ville. Pourtant, la ville continue sans le vouloir sa logique de ségrégation, repoussant ces populations fragiles aux franges spatiales et économiques de l’emprise urbaine… Au-delà de l’histoire, ce travail est celui de rencontres avec un territoire, avec des personnalités de Joe Slovo, des moments partagés qui ont permis d’adopter par la suite une posture de projet au plus proche du terrain et de ses habitants. 

BUNK

Maitrise d’ouvrage : M.G.
Maitrise d’oeuvre :  saga
Localisation : Saint-Léger-les-Vignes,  France
Equipe :  Pierre Y. Guérin, Sylvain Guitard
Surface :  170,3 m2
Budget : 146 000 €
Programme : Maison individuelle + dépendances
Année de réalisation : 2016
Mission : Conception, suivi de chantier et réalisation de la façade végétalisée
Photographies : saga
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Le projet d’une maison pour un particulier, est aussi un projet de vie.

Cette maison n’a qu’un étroit pignon sur rue. La plus grande façade s’ouvrant sur un chemin privé, les autres en limites séparatives sont murées. Aucune ouverture n’était possible. Le principe de ce projet a donc été de jouer sur les contrastes – clôt/ouvert ; opaque/lumineux.

Cette maison enserrée par un mur toute hauteur est ouverte sur elle-même, patio, puit de lumière, jardin ouvert sur le ciel. La lumière joue son rôle de guide et de transition, de ponctuelles variations lumineuses éclairant les usages et les circulations. L’intimité créée par ce cloître peut ainsi s’exposer, se révéler, librement entre ombre et lumière.

Les façades sur rue se jouent de l’aspect fermé et de l’impression massive qu’elles donnent à la maison. L’enceinte – voile qui fait disparaître l’habitation et le jardin, offre sa végétation qui déborde sur la rue. Façadisme assumé, voiles noirs d’où dépassent les feuilles d’une végétation mouvante, ondoyante au vent, légèreté brutale.

Bobigny-Les-Bains – Superstock

Maitrise d’oeuvre :  saga + Quatorze
Partenaires :  Bellastock
Localisation : Parc de la BergèreBobigny, France
Equipe :  Pierre Y. Guérin, Sylvain Guitard, Camille Sablé
Programme : Un banc belvédère + un quai baignoire
Année de réalisation : 2016
Mission : Conception & réalisation
Photographies : saga, Caroline Monrat

 

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Quartier de banlieue ; industries, hangars, canal et friches, aujourd’hui se renouvellent. Le Parc de la Bergère, fer de lance politique du changement d’image, de qualification, de badauds de la ceinture parisienne.

La friche Miko, investie par Bellastock, accueille les collectifs du réseau Superville autour de l’événement : Superstock. Le but est d’abord de se rencontrer, de se connaître, de mettre des visages et des prénoms sur des projets scrutés de nombreuses fois. Nous en venons au mots, avec une curiosité que nous nourrissons de ce festin de paroles échangées.

Puis arrive le moment de mettre à l’épreuve l’énergie et la beauté des échanges, des interrogations, des débats ; reprendre la main sur le dessin et la matière donnée. Nous voilà en terrain connu : le chantier. ‘La Plage’, nom d’un coin du parc, coin de verdure dans le paysage bétonné, descente sur le canal. Capitainerie de la zone baignade, un banc surdimensionné, généreux, surveille et donne à voir plus loin. Une plateforme flottante avec baignoires permet la baignade, ré-interrogation de la limite, de la sécurité sur l’eau, affirmation de la réappropriation du canal.

 

Totoro, un truc pour être bien

Maitrise d’ouvrage : Mr et Mme L.
Maitrise d’oeuvre : Collectif Saga
Localisation : Nantes, France
Equipe : Anastasia Rohaut, Pierre Y. Guérin, Sylvain Guitard, Simon Galland, Camille Sablé, Victor Valoteau, Brody Boudailler
Surface : 14 m2
Budget : 1 315 EUR
Programme : Un truc pour être bien
Année de réalisation : 2016
Mission : Conception & réalisation
Photographies : saga

 

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Un homme et sa femme vivent dans un pavillon convivial. Tous deux travaillent mais leur maison montre la bienveillance des gens qui aiment à cultiver un art de vivre et à offrir aux gens de passage leur confort.

Ainsi, dans un coin du jardin, un projet est né. Sa raison d’être : un désir simple, exprimé avec une simplicité sincère : « un truc pour être bien »

Dans cet univers chargé d’histoires, petites et grandes, nous avons donc décidé d’offrir au Lieu un Gardien, totem protecteur et support de vie. S’il en assure la fonction, ce truc ne pouvait être qu’un abri.

Comme tout corps composé et structuré ce truc nécessite de la matière. Une ressource initiale est donnée – de fins poteaux en pin, et des dalles plastiques noires.

C’est de ce pas que nous partons dans la création d’une entité qui tentera d’honorer ces souhaits. Un truc qui vient compléter un univers, modestement mais sans se cacher, un pigment de plus dans une composition en mouvement.

Silindokuhle Preschool

Maitrise d’ouvrage : Silindokuhle Preschool NPO
Maitrise d’oeuvre : Collectif Saga + Uncedo
Localisation : Joe SlovoPort Elizabeth, Afrique du Sud
Partenaires : Région Pays de la Loire, Département Loire Atlantique, Ville de Nantes, Crédit Mutuel, Tavcor Motor Group, Dynaform, Paterson Road Investment, Poise Engineering, Clearwater Plumbers
Dons matériels : Howden Donkin Fans, Mpact, Algoa Joinery, Nelson Mandela Bay Municipality, Barloworld Equipment, Cannibal, EPS, Plumblink
Equipe : Anastasia Rohaut, Pierre Y. Guérin, Sylvain Guitard, Simon Galland, Camille Sablé, Laure Rihn, Nicolas Cazé, Valentine Bruzzone, Lilia Benbelaid, Camille Mérimèche, Yannis Frémont Mari- nopoulos, Pierre Ciret, David Hoar, Edward Silumko, Mélanie Richer
Surface : 220 m2
Budget : 55 000 EUR
Programme : Crèche (3 classes + cantine + bureau + sanitaires)
Année de réalisation : 2016/2017
Mission : Conception & réalisation
Photographies : Joubert Loots, Yasmina Gonzàlez, Camille Mérimèche, Yannis Frémont Marinopoulos, Gorka Biurrun

 

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Joe Slovo West, quartier en plein développement et renouvellement, chantier de constructions de maisons du gouvernement pour remplacer les shacks, littéralement ‘cabanes’, préexistantes. Population d’Afrique du Sud déshéritée qui se reconstruit sur elle-même, dont l’attente est enfin récompensée par l’unité architecturale de la RDP, unité bâtie à-coups de milliers d’exemplaires, sans distinction, sans discernement, réponse hâtive à une urgence du nombre.

La vie, dans ces conditions, ne s’arrête pas, ne continue pas ; elle est, elle est présente, active, résolue, déterminée et volontaire. Patricia Piyani, directrice d’une crèche de ce quartier, à son initiative, accueille des enfants de 1 à 6 ans depuis dix ans. Femme à qui le droit d’être éduquée n’a pas été donné, se voit aujourd’hui dépassée par ses moyens face à l’affluence toujours grandissante d’enfants dans sa crèche rêvant de ce qu’elle n’a pas eu.

Seuls, avec eux, pour eux, nous, ensemble, interrogeons ce qui est là, ce qui ne l’est pas, pas encore. Nous prenons part au tout d’un monde inconnu que nous apprenons, par de petits à-coups.

Bâtiment édifice, résultante à la hauteur des énergies en place déployées. Moyens humains, à l’échelle des savoirs et des envies, nous entreprenons ensemble le dessin et la construction d’un abri adapté à la commande généreuse. Les mains qui tracent et qui assemblent, qui expliquent et qui partagent. Les connaissances et savoirs faire sont nombreux, utiles, pratiques, et mobilisables. Les ressources en matériaux grandissent, se récupèrent à plusieurs endroits, réutilisation, réinvention de destination, pour des applications futures plus larges que la seule construction initiée.

Offrir les circonstances d’une éducation à la vie, aux expériences précieuses des premiers âges, des paysages cadrés large, des jeux d’ombres et de lumières, des rayons de soleil qui réchauffent les corps, des vents frais qui adoucissent l’air. Des matières brutes imposées par notre méthode de récupération, elles sont non dissimulées, piquent, égratignent, réchauffent, adoucissent. Des dimensions libérées de normes, généreuses ou contraignantes, à l’échelle de l’histoire qui a été construite. Trois classes, un bureau, des sanitaires et un espace de cantine – préau, des jeux ; abri qui s’adapte aux réalités des rêves d’enfants.

 

 

 

 

 

 

Livre – « To get lost is to learn the way »

Conception graphique : Collectif saga
Imprimeur : Val PG – Imprimeur et Pôle Graphique
Nombre de pages : 48
Imprimé sur : papier Fedrigoni Old Mill Bianco 150g/m2
Couverture : papier Fedrigoni Old Mill Bianco 300g/m2
Police de caractère : Times créée en 1931 par Victor Lardent
Futura créée en 1927 par Paul Renner
Anné de publication : 2016
Photographies : Joubert Loots et Maguelonne Gorioux

 

L’exposition dans la galerie Loire de l’ensa Nantes se prépare, cette présentation éphémère de l’expérience vécue à Joe Slovo nous l’avons imaginée tel un écrin afin de livrer, comme une confidence, cette précieuse aventure.

Cette occasion de partager cette expérience, nous la saississons comme une chance, et elle fait naître en nous l’envie de la raconter, de la consigner dans objet pérène, qui pourrait passer de mains en mains et ainsi toucher plus de monde, plus loin et faire durer ces souvenirs. Vient l’idée d’un livre, un reccueil de souvenirs précieux qui transmettent un peu de l’intensité de cette aventure. Nous choisissons donc soigneusement des photographies, pour la plupart réalisées par Maguelonne Gorioux et Joubert Loots, que nous mettons en résonnance par des citations africaines, des fragments de récits habitants ou des extraits de carnets de bord.

A l’instar de la scénographie de l’exposition, ce livre est un écrin dont la matérialié nous importe beaucoup. Nous mettons donc un soin tout particulier dans nos chox de papier issu des papétries véronaise Fédrigoni, de typographies, de cadrages, de mise en pages.

Nous n ‘étions pas en mesure d’évaluer le nombre d’exemplaires à éditer, ne d’en assumer le risque financier. Nous avons donc utilisé un système de pré-ventes que nous avons clos au démontage de l’exposition.

Nous avons finalement édité l’ouvrage composé de 48 pages de bonheur à 80 éxemplaires, vendus 28€ dont l’intégralité des bénéfices sont reversés à la phase 2 du projet mené à Joe Slovo.

Nous remercions vivement ceux qui, par leur achat, contribue à emmener Joe Slovo vers un avenir meilleur.
Nous remercions également l’imprimeur Val PG (Nantes) pour ces conseils avisés et son travail de qualité.

Silindokuhle – Halle communautaire

 

Maitrise d’ouvrage : Love Story + Patricia Piyani
Maitrise d’oeuvre : Indalo + Collectif Saga
Localisation : Joe Slovo, Port Elizabeth, Afrique du Sud
Partenaires : Alliance Française de Port Elizabeth, Werk_, Engineers Without Borders, Nelson Mandela Metropolitan University (NMMU)
Equipe : Kevin Kimwelle, Anastasia Rohaut, Pierre Guérin, Camille Sablé, Sylvain Guitard, Simon Galland, Jason Dinant, Maguelonne Gorioux, Nolwenn Gervais, Pauline Richard, Cécile Jaouen, Eglantine Bulka, Eva Fojtu, Andrès Sanchez, Adèle Bertrand, Julie Travers, Kimon Mare, Dirk Naude, Siposihle Blanket, Abongile, Ati, Keneth, Noxolo,
Surface : 138 m2
Budget : 6 000 EUR
Programme : halle communautaire (utilisée temporairement comme crèche)
Année de réalisation : 2015
Mission : Conception & réalisation
Photographies : Joubert Loots et Maguelonne Gorioux

 

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Sur invitation de Indalo et Love Story, nous nous voyons confier la conception et la construction d’un bâtiment communautaire. Il a pour vocation d’accueillir toutes formes de regroupements de la communauté de Joe Slovo. À l’initiative de ce projet se trouve une femme, Patricia Piyani. Dix ans auparavant elle a commencé à faire la classe chez elle, à ses enfants qui n’avaient pas encore accès à l’école publique puisque celle-ci ne commence qu’a partir de l’âge de 6 ans. Puis, au fur et à mesure, d’autres enfants du quartier les rejoignent.

Petit à petit, elle motive la communauté, afin d’occuper un terrain pour construire un shack dédié à la crèche. Edward (son mari) et quelques hommes de la communauté récupèrent des matériaux aux alentours et construisent le premier bâtiment de la Silindokuhle Preschool.

L’ONG Love Story, qui la soutient depuis quelques années émet l’idée de construire une véritable crèche. Notre mission est de concevoir et construire un premier bâtiment communautaire qui accueillera provisoirement la crèche, le temps que celle-ci soit construite dans une seconde phase.

Alors jeunes architectes diplômés, nous voyons cette opportunité comme une expérience concrète et tangible de ce qui nous a motivé pendant nos études – l’architecture et le construire ensemble. Nous passons 6 mois sur place, avec les habitants et construire ce bâtiment avec eux et créer une émulation durant le chantier qui a duré 4 mois. Nous sommes très vite confrontés à la réalité du métier d’architecte mais aussi acceptés par la communauté. La réalisation de ce bâtiment devient affaire commune.

Les prémices de notre expertise de récupération et transformation de matériaux glanés dans les industries environnantes émergent. Nous dessinons avec ces matériaux, comme les habitants de Joe Slovo construisent leurs shacks avec des matériaux récupérés ça et là. Nous profitons du chantier pour partager nos connaissances en structure avec les habitants qui participent à la construction, nous échangeons sur tous les détournements possible de ces matériaux.

Finalement, la construction achevée, le bâtiment n’est plus le nôtre, il ne reste que les rencontres et les histoires partagées.

Un Balcon sur la Mer – Récit d’un réveil

Architectes : saga
Localisation : Saint Nazaire, Pays de la Loire, France
Equipe : Anastasia Rohaut, Pierre Y. Guérin, Camille Sablé, Sylvain Guitard, Simon Galland,
Surface : 15m²
Budget : 0€
Programme : Cabane
Année de réalisation : 2016
Photographies : saga

 

Trouvaille

Il est à Saint-Nazaire un lieu désolé.
Un lieu à l’embouchure d’une rivière et d’un fleuve,
A l’embouchure d’un estuaire et d’un océan.
Un résidu gloutonné par des titans de pierre
Et de métal qui l’effacent par leurs grandeurs,
Qui enlèvent le regard du présent vers l’horizon
Du monde et du lendemain.
Un lieu du derrière,
Que l’on ne montre pas,
Qu’on a oublié de montrer,
Mais qui bat au rythme des marées et des ronronnements machiniques.
Un lieu d’une diversité dissonante,
Un lieu qui survit avec ce qu’on a bien voulu lui laisser.
Un lieu qui fait beaucoup avec rien.

Éveil

Ce lieu est un miroir,
Sa nature se retrouve dans la dualité de ce qui l’oppresse
Et qu’il n’est pas.
Ce lieu s’utilise comme il est,
Avec ce qu’il laisse de perméabilité,
Et où s’accroche ce que peut.
Ce lieu contemple sa lente disparition,
Martyr muet ; Voisins tapageurs
Qu’il n’est pas en mesure de combattre puisqu’il n’est rien.

Ce lieu n’est rien.
Et rien d’autre qu’un oubli.
Sa poésie respire dans un état de mélancolie anticipée,
Il est notre avenir,
Il est la force de revenir quand tout est parti,
Il est la pureté naïve de la vie inconsciente,
Il est la fatalité indolente de la paresse.

Ce lieu est pratiqué,
Marins d’eau douce, badauds, égarés, curieux,
Convergent, se ratent, se frôlent, se regardent,
Inopinées rencontres des confins
De la marge du monde,
A côté, en dessous, derrière,
Rien n’incite ici à la ronde,
A priori.
saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (1)

Désir

Ce lieu nous l’avons fréquenté,
Nous y avons vécu en passage,
Et le désir y est né d’y offrir une accroche,
Un lieu dans le lieu, un lieu de contemplation,
Un lieu pour que le temps passe
Moins vite qu’il ne passe autour.
Un sanctuaire de notre propre réalité et de ses dommages.

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (3)

Action

Ce lieu nous l’avons organisé,
Ponctuellement,
Pierres, bois, terres,
Terres, bois, déchets,
Coquillages.
Ensemble et vite,
Semblant d’une fourmilière improvisée,
Tissé l’esquisse d’un abri.

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (4)

Sous leurs yeux,
« Zêtes pas bien »
« Y a des caméras partout ici »
« Si y a des problèmes… »
Vieux con.

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (11)

Sous leurs yeux,
« Bonjour, Police! »
« Ah ouais… »
« J’appellerai plutôt ça une friche industrielle… »
Pas faux…

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (13)

Ouvert à tous,
Offert aux profiteurs de spleen
Et d’anguilles, nous l’avons imaginé et essayé.
Au coin du feu, une soirée, une nuit et un matin.
A l’abri du monde qui s’épuisait dans notre dos,
Sous les yeux jaunâtres et grésillants
De la modernité et d’un lendemain qui nous questionne.

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (18)

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (28)

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (29)

Bercail

Dès lors, dès ce petit lieu dans ce grand lieu créé,
Instantanément, à la première étincelle de notre foyer,
Les choses ont changé,
Nous n’étions plus perdus, nous n’étions plus nulle part,
Nous étions chez nous.
Renversement.
Dans ce grand rien est né un milieu.
Arrivée et départ de nos rêves et prospectives.

Réveil

Et puis sous leurs yeux,
Dans une ébriété fanée qui sent la cendre froide,
« Bonjour, Police! »
« PC… Signalement… Voitures abandonnées »
« Identités… »
« Bonne journée »

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (33)

« Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes »*
Les nôtres sont lâches,
Sans doute le meilleur profil,
Mais bien là.
Aussi candide fut l’idée de la cabane,
Elle réside hors des clous.

Nous partons.

Nous reviendrons.

Nous revenons.

Réveil (BIS)

En huit jours tout est parti.
Ci-gît le cadavre de notre cabane,
Et de nos rêves à la con.
Ci-gît le cadavre de notre abri,
Dans le dégueuli d’une tronçonneuse,
Dans la sciure de notre naïveté,
« Putain! »
Le silence conclura notre étourdissement.

Nous nous sentons blessés,
Punis,
Petits,
Pas bien…

Nous remettons de l’ordre,
Machinalement rangeons les pierres qui restent,
Redressons une branche là où trônait notre rêve,
Un bout de bâche en guise de drapeau blanc.
Et un mot,
Écrit au doigt dans les coquillages, noir sur blanc :

« VAINCU MAIS PAS MORT. »

Revendication charnelle de notre humiliation,
En vain.

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (34)

Quiconque est responsable de ce massacre,
Nous a rappelé quelque chose d’essentiel :
Il est bien dommage de se croire chez soi sans y avoir été invité.
Si désolé ce lieu puisse paraître, il ne l’est pas.
Il appartient à ceux qui y sont habitués.
Il appartient à ceux qui le laissent n’être rien,
Qui le laissent de rien être.
Qui n’en font rien, mais qui le vivent comme tel.
A ceux qui ont fait la même démarche
Que nous mais dans d’autres desseins.
A ceux qui habitent ce paysage et que nous avons choqué
Par la prétention de leur faire découvrir un lieu
Quand c’est nous qui le découvrons.
Nous pensions être chez nous,
Nous étions chez eux.

A la violence de notre impérialisme poétique,
La violence de l’indigène s’est levée,
S’est défendu,
Pour ce qu’elle cultive en modestie,
Sans doute, et sans conscience,
Peut-être, dans la querelle les répliques
Tonnent et se répondent.
Dans la marge, un dialogue est né.

Il est à Saint-Nazaire un lieu qui semble désolé.
Un lieu à l’embouchure d’une rivière et d’un fleuve,
A l’embouchure d’un estuaire et d’un océan…

saga_16-BLM_160507_UNBALCONSURLAMER_©saga (36)

– – – – –
* Rosa Luxembourg

Exposition « To get lost is to learn the way »

Architectes : Collectif Saga
Localisation : Galerie Loire de l’ensa Nantes, France
Partenaires : Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Nantes (ensa Nantes)
Equipe : Pierre Guérin, Camille Sablé, Sylvain Guitard, Simon Galland, Anastasia Rohaut. Avec l’aide de Juliette Prouteau, Jean-Christophe Brard, Malo Bottani, Margaux Verney et Yann, Agathe Prouteau, Élise Glory, Claire Battistoni, Nicolo Paulsin, Vincent Baisnee, Louis Bourdois, Éliane Guérin, Anne Galland, Antoine Pichetti
Surface : 500 m2
Programme : exposition
Année de réalisation : 2015
Mission : Conception et montage
Photographies : Maguelonne Gorioux

 

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A notre retour en France, nous sommes invités par l’ensa Nantes, à raconter notre expérience au travers d’une exposition dans la Galerie Loire. Notre désir a été ici de révéler ce qui ne se lit pas dans l’architecture tangible qu’est le bâtiment fini, montrer les « hors-champs ». À travers ce choix, nous transmettons notre postulat : le bâtiment achevé n’est pas la seule finalité du projet d’architecture. Le processus de conception et de construction du projet qui réunit habitants et architectes est autant si ce n’est plus important que le résultat final. L’espace devient lieu dans l’histoire collective par ce qui s’y produit.

Un écrin doré fait de centaines de bandes suspendues, légères et volantes, protège délicatement ces « hors-champs », ce qui ne nous appartient pas mais appartient à une histoire collective précieuse et fragile.
La présence de l’Autre dans cette forêt ne se fait sentir que par les mouvements et les bruissements de voiles. Par endroits, la forêt se fait moins dense, apparaissent alors des clairières dans lesquelles le projet se dévoile dans un rapport intime, à l’image de notre proximité avec la communauté de Joe Slovo.

Nous pouvons ainsi nous retrouver, comprendre le processus par fragments et nous perdre à nouveau pour découvrir un chemin qu’il nous faut inventer, sans cesse.

 

Stage in Process

Architectes : Collectif Saga
Localisation : Joe Slovo, Port Elizabeth, Afrique du Sud
Partenaires : Alliance Française de Port Elizabeth, Werk_, Love Story, Two Olives
Equipe : Kevin Kimwelle, Anastasia Rohaut, Pierre Guérin, Camille Sablé, Sylvain Guitard, Simon Galland, Jason Dinant, Maguelonne Gorioux, Nolwenn Gervais, Pauline Richard, Cécile Jaouen, Eglantine Bulka
Budget : 350 €
Programme : Grande fête (exposition, projection cinéma, tournoi de foot, barbecue)
Année de réalisation : 2015
Mission : Conception et réalisation
Photographies : Joubert Loots et Maguelonne Gorioux

 

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Dans un township, paysage de tôles et de bois à perte de vue, un édifice en chantier se transforme en une scène, une plateforme propice à la représentation. Les corps se meuvent, grimpent, sautent, dansent, se mettent en scène sous les yeux des spectateurs complices ou innocents.

D’habitude on ne célèbre le bâtiment qu’une fois achevé, quand tout est terminé, bien fini, propre et brillant. Ici, le but était de célébrer une étape, un moment particulier de la construction, et non son achèvement. Même si, seulement, la structure principale, le toit et le sol étaient en place, cette étape du chantier était vue comme une opportunité de rassembler la communauté autour du projet, d’un instant festif, alors que le bâtiment était toujours en construction, et que c’était le chantier. Tous ensemble, nous avons profité du fait que l’espace en chantier était toujours un espace public, une plateforme, une scène ouverte à la communauté, non défini, encore.

Sur une journée, ont été organisés ; une exposition, mettant les habitants et enfants dans leur propre environnement ; un tournoi de foot pour les enfants (avec réalisation des cages de foot ensemble le matin), et le soir venu, une projection cinéma de plein air pour tous.